Longtemps considéré comme un vin tout juste bon à
accompagner une pizza entre amis, le rosé connaît depuis cinq ans une
progression vertigineuse de ses ventes en France, au point de susciter
l'intérêt de toutes les régions viticoles.
"En
dix ans, sa consommation est passée de 8% du total des vins à 21%",
explique François Millo, directeur général du Conseil
interprofessionnel des vins de Provence (CIVP), une région spécialisée
depuis toujours dans le rosé, comme le Val-de-Loire, et qui bénéficie à
plein de cet engouement.
Selon le Centre de recherche et
d'expérimentation sur le vin rosé (CREVR), basé à Vidauban (Var), c'est
la seule production viticole dont les volumes ont progressé ces
dernières années.
Michèle Nasles, présidente du syndicat des
Coteaux d'Aix, l'une des trois appellations provençales, avance
plusieurs explications à ce succès: "Nous avons gagné en qualité mais
c'est surtout le goût des consommateurs qui a changé. Ils veulent des
vins plus légers". "Le rosé se marie bien avec l'apéritif et correspond
au développement des tapas, mezzés et autres repas moins
conventionnels", ajoute-t-elle.
Oenologue et chercheur au CREVR,
dont il est aussi le directeur, Gilles Masson estime que "le rosé est
venu en décalage du rouge". "Les gens sont très impressionnés par le
rouge, ses codes: pour le consommer ils ont le sentiment qu'il faut
être savant. Le rosé les a décomplexés", notamment les femmes, dit-il.
Cette
boisson dont la consommation reste majoritairement saisonnière - du
printemps à l'automne - bénéficie d'une image de simplicité même si
l'ignorance est quasi générale quant à son processus de fabrication.
Les
vins de Provence croient ainsi nécessaire de rappeler sur leur site
internet que les rosés "ne sont pas un mélange de raisins et encore
moins de vins rouges et blancs". Ils sont élaborés à base de cépages
noirs.
"C'est un vin très délicat à élaborer car il prend sa
couleur et son arôme en 12 heures contre une semaine pour le vin
rouge", dit M. Millo. La palette des roses obtenue est large: la
Provence privilégie un vin "clair et limpide". Dans le Val-de-Loire, il
est plus rose.
C'est pour améliorer les connaissances et la
qualité que le CREVR, premier centre de recherche totalement dédié au
rosé, a été créé en 1999, à l'initiative des viticulteurs de Provence.
"Notre
deuxième vocation est de créer une culture, une identité du vin rosé,
lui donner ses mots, ses repères", résume M. Masson.
Le rosé n'a
pas de définition arrêtée, les statistiques internationales le
confondant avec le rouge, ce qui peut compliquer le calcul de sa
consommation. Mais, pour M. Millo, la définition spontanée adoptée par
l'ensemble des pays producteurs - +Est rosé tout ce qui n'est pas
franchement rouge ni blanc+ - "n'est pas si mauvaise".
Face à
l'enthousiasme des consommateurs, "toutes les régions françaises s'y
mettent: Bordeaux, les Landes...", remarque Franck Fourment, de la
chambre d'agriculture du Var. "Ca bouge aussi en Amérique du Sud, au
Maghreb et aux Etats-Unis", note M. Masson même si la France reste le
premier producteur mondial avec 10%, selon le CREVR, devant l'Italie et l'Espagne.
Les
exportations suivent moins bien, constate Mme Nasles: "S'il s'en
produit un peu partout dans le monde, la consommation de rosé reste
très locale. Comme chez nous autrefois, où on buvait du rosé en
vacances en Provence et du rouge de retour chez soi".
AFP